Beauté et vérité, mais ces hautes vagues
Sur ces cris qui s'obstinent. Comment garder
Audible l'espérance dans le tumulte,
Comment faire pour que vieillir, ce soit renaître
Pour que la maison s'ouvre de l'intérieur,
Pour que ce ne soit pas la mort qui pousse
Dehors celui qui demandait un lieu natal?

Je comprends maintenant que ce fût Cérès
Qui me parut, de nuit, chercher refuge
Quand on frappait à la porte, et dehors,
C'étais un coup sa beauté, sa lumière
Et son désir aussi, son besoin de boire
Avidement au bol de l'espérance
Parce qu'était perdu mais retrouvable
Peut-être cet enfant qu'elle n'avait su,
Elle pourtant divine et riche de soi,
Soulever dans la flamme des jeunes blés
Pour qu'il ait rire, dans l'évidence qui fait vivre
Avant la convoitise du dieu des morts.

Et pitié pour Cérès et non moquerie,
Rendez-vous à des carrefours dans la nuit profonde,
Cris d'appel au travers des mots, même sans réponse,
Parole même obscure mais qui puisse
Aimer enfin Cérès qui cherche et souffre.

Yves Bonnefoy,"La Maison natale"(Poème 12)
dans Les Planches courbes